dimanche 3 mai 2015

Le Fardeau de la Conscience

Elle a, pour ma part, engendré une grande souffrance. Un combat de tous les jours, un pari que l’on subit, un défi sans panache, une addiction dégueulasse, un abonnement que l’on ne peut plus jamais résilier. Cette peine n’est pas la même pour tout le monde, non. Elle n’est pas équitable, ne propose pas de symétrie. Chaque histoire est unique, chaque vie est un livre gorgé de larmes, une éponge qui efface les souvenirs tenaces.
Alors dans le noir de la chambre, le visage éclairé par la lueur froide de l’écran, j’écris. Quand on est petit et qu’on change, on dit qu’on grandit. Lorsque cela arrive à un adulte, on dit qu’il change. On oublie souvent de dire que ces changements sont douloureux, qu’ils laissent en nous des marques indélébiles. Que l’enfant intérieur se cogne la tête, emprisonné dans les cloisons, qu’il se mutile et qu’il étouffe, qu’il ne rêve pas mais cauchemarde, qu’il cauchemarde d’une évasion certaine. Pour cet enfant, s’évader, c’est se soustraire, se perdre, se supprimer.
Dans ma tête ne résonne qu’un étrange silence. Les images de mon enfance se sont fanées, ont dépérit. On me les a volée. Grandir, c’est prendre conscience de. Prendre conscience qu’on grandit, justement. Changer, c’est le même principe. Le changement, c’est se réveiller un matin, se sentir juste un brin bizarre, ne plus avoir d’envie de quoi que ce soit. On se met à réfléchir et on comprend vite, mais il est déjà trop tard, le processus est enclenché.
Et donc, dans ce nuage de pensées évasives, j’ai drôlement changé. Pas grandi, seulement changé. L’enfant intérieur est mort, flingué par tous ces mensonges sur les rapports sociaux, étranglé par une simplicité de surface. Avoir le courage de le lui dire. Se frotter aux rencontres, se jeter à l’eau. On nous a fait croire que c’est un jeu, que les risques ne sont pas un facteur à prendre en compte. Peut-être qu’il y a une maigre part de vérité, mais je ne suis pas stupide et vos idylles ne m’intéressent pas. La vérité, c’est celle de cette mère fatiguée d’élever seule ses deux enfants, fatiguée de trouver des prétextes, des excuses, elle qui n’en peut plus de feindre un sourire et de prétendre que tout va bien. C’est celle de cet homme qui n’a plus le droit de voir ses gosses grandir, qui noie ses peines au fond d’un verre, qui n’ose plus s’engager. Et c’est aussi ce fils survivant du divorce, qui insulte sa nouvelle mère, qui se révolte violemment car il n’a pas les mots pour exprimer son gouffre affectif.
Les gens enfouissent leurs sentiment le plus profond possible, ils gardent de lourds secrets, parfois toute une vie. Je fais partie de ceux qui restent silencieux, de ceux qui ne s’en sortent pas, de ceux qui se noient sans faire de vague, dans le calme. Ceux qui masquent les pleurs sous le vent, dans le bruit des feuilles des longues soirées d’automne, ceux qui se fondent et se glissent dans la banalité du quotidien.
Le plus dur, c’est de vivre avec.

jeudi 9 avril 2015

Fin de nuit...

A tes nuits blanches et à mes idées noires
Au travers des regards et de leurs vents mordants
Tu sais ça me crève le cœur, tes larmes au premier rang
A à nos quatre planches et puis à nos déboires
A toi le gamin perdu dans les stupides ivresses
A tes tristes espoirs envolés loin, noyés à la rivière
Et même si c'est beau d'y croire, le sang retourne à la terre
Aux regrets des silences, aux mots dits, aux caresses...


mardi 7 avril 2015

Voyageurs

Dans le temple des nuits, dans le profond des insomnies, quand la pupille se dilate et que le tic tac du temps qui passe ne cesse de résonner, c'est de ces impossibles dans ton regard, les désespoirs à tes yeux humides, que je suis las.
Et les jours ne sont pas éternels, et les nuits ne portent pas que de bons conseils, alors à quoi bon ? Viens, on va se faire la malle, retrouve-moi plus loin, à se perdre pour toujours, se perdre pour de bon. Je serai ton pays, tu seras ma capitale, et de ces ébauches magnifiques, nous ferons de rois, nous ferons des reines.
Il suffirait simplement d'y croire, un peu plus. Allez, pose ta clope et tais-toi, allez viens, allez, on s'en va...

mercredi 18 mars 2015

Aux idées mortes d'un autre jour...



Ça fait des jours que je ne dors pas, que mon regard est éteint, que ma tête pèse des tonnes et que ma mâchoire ne veut plus s’articuler. Je ne sais pas quand était mon dernier repas, mais j’ai froid, le ventre qui se serre et de toute manière, je n’ai pas vraiment faim. Si j’ai un problème, c’est que j’arrive à peine à réfléchir. Il y a toutes les pensées du monde qui s’entassent et se bousculent dans ma tête et ça fait bien trop longtemps. Qu’on vienne me dire que je suis ravagé, complètement déchiré de l’intérieur, ça ne m’étonnerai pas. C’est peu probable que tu comprennes ce que j’essaie de te montrer, faut bien avouer que je ne sais pas l’exprimer. Et puis j’ai peur, simplement peur de te dire les mauvaises choses, t’envoyer des messages de travers, de me découvrir une pathologie, d’être complètement fou, un colérique sans limites et sans contrôle, d’être un orage dans le ciel des autres, de t’écarter de moi, de ne pas tenir les regards, de perdre mon peu de souvenirs, m’effondrer comme un con, de ne pas savoir, mais savoir que ça va durer encore une petite éternité…

Ici, il n’y a rien d’autre à foutre à part marcher. La neige tombe à faire pâlir le soleil et moi, j’avance. Y’a toutes ces rues, ces noms, toutes ces images qui filent dans ma tête. Je me déconstruis. C’est une course poursuite de tous les jours, avec cette certitude qu’on ne gagnera jamais. La lumière est là pour se braquer sur ce bourré qui gueule, sur cette gamine coincée entre ses parents qui en savent rien faire que de tout se cracher à la figure. Et l’autre aussi, lui qui pousse un chariot, qui sait pas où dormir et moi, un peu paumé dans cette semi-pénombre, qui rentre dans un café.
Mon stylo écrit à blanc mes idées mortes, ces mots qui ne viennent pas, il se penche sur la feuille pour donne vie à tous ces verbes qui ne se conjuguent qu’à l’imparfait. Le jour s’en va comme mon inspiration, et dans le noir les bus et les trams grouillent et défilent, laissant toutes ces lucioles mourantes dans mes yeux.

dimanche 15 février 2015

A la croisée des regards



 Battre des cils et laisser s’envoler les oiseaux quand le ciel se fait bas. S’évader dans nos regards d’hiver, les yeux dans le vague, quand l’image se mêle à ces termes que l’on ose souffler. Te revoir encore et ravaler les mots comme les sanglots. Tenir des discours muets, laisser parler les visions vides et les cernes rougeâtres sous les orbites.

Devenir une légende, une histoire à raconter. Une poignée de sable qui file dans le vent. Devenir un instant heureux.
Être tout cela à la fois, tirer leçon des cicatrices de nos mémoires. Ne me laisse pas. Ne me laisse pas manquer tout ça, ne me laisse pas arriver en retard à tous ces infimes moments de joie.
Et dans le noir, je prendrai la route, bien que mes mains tremblent encore un peu...



dimanche 11 janvier 2015

Leitmotiv I

A l'aurore de nos vies, j'ai connu, j'ai vu de très près la mort, le suicide, la drogue et la déchirure. A fleur de peau, le coeur à nu, je n'ai appris qu'à me protéger du monde.
Quand on s'inflige la peine, qu'on souffre de l'absence d'un être qui est parti, ou qui n'est jamais venu, il ne reste aucune illusion pour tenir.

Le visage fatigué, le cœur qui n'en finit plus de se serrer, les nuits sont interminables et les cachets n'ont plus le goût de rien. Depuis trop longtemps, il n' y a que les larmes qui me montent aux yeux.
Le ciel pleure sa tristesse sur le paysage grise et délavé de ma ville. Il y fait sombre, encore et encore. L'eau sur la peau, la peau sur les os, j'ai froid et mes yeux se ferment.

Et Comptera Toujours...



Le ciel dégagé çà et là des montagnes, le divin autant que l’infini déchiré par les pics enneigés, tout annonce, tout dirige à une fin. Par-delà les rochers, de l’autre côté de ces étranges vérités, aux endroits où le noir épouse le rouge, le temps d’un soleil mourant, le chamane en transe ne danse qu’avec les loups.

Dans les rêves de pays qui n’existent pas et les idéaux qu’on ne cesse de s’inventer, le navire de mes envies tangue et s’échoue au bénéfice de ces quelques paradis empruntés.
De ces territoires insoumis et vierges, je ne garderai que le souffle tiède du repos de l’âme. Ne me regardez pas ainsi, vous qui, du haut de votre orgueil, ne vous penchez pour contempler ne serait-ce que l’ombre d’une démarche qu’on s’engage  à suivre en solitaire.

N’est beau que la beauté et ne manquera jamais à mes tableaux quelque couleur qu’il soit. Qu’importe les espoirs perdus et les aventures avortées de notre jeunesse, qu’importe les ivresses et nos soirs d’excès, seul notre chemin a d’importance. Et comptera toujours pour moi le feu que l’on met aux poudres, les mèches qui s’allument et se consument au fond des yeux des autres, les distances que l’on aura faites et ces regards que l’on porte sur les routes du passé…

mardi 2 décembre 2014

Du fond des deux emeraudes...

Que cherches-tu au détour des rues en folie, dans nos nuits aux couleurs de cendre ? Et déjà la peau froide de ton visage qui prie pour le réconfort d'une main chaude et puissante...
Quand les vents de l'hiver nous déposent les perles de givre ici et là, juste là entre nos yeux, tu as le regard des tristes, mais tu as le regard des belles.
Parce que celles-ci sont authentiques, leurs qualités enfouies sous des airs de pudeur, on dit d'elles que leur trésor est en fait un cœur.
Tu es de celles qui font les miracles, le chant des sirènes que les hommes ne peuvent se permettre de fuir, et dans les vallées lointaines ou se mêlent l'ombre à la chaleur, tu danses et tu pries, de tes sublimes atouts, l'arrivée de l'être cher.

Je te croise au hasard, quand nos lumières s'éteignent, quand nos voix brisent le silence, au temps des erreurs et des confidences.
On s'illumine ces quelques instants d'imaginaire à la flamme d'un briquet et déjà nous voilà repartis...
Bouteilles ivres à la mer, message secret et jamais dévoilé, nager les étendues des soirées, la vodka et les artifices viennent nous délivrer.

Du plaisir de nos rencontres, je retiens la timidité de ta bouche, quand l'embarras te pince au creux du ventre, que tu ne sais quoi dire.
La petite perle brille de mille feu et embellit les cœurs, mais se consume à toute allure sans crier gare. Astre tant précieux que fragile, tu files et brûles comme une comète en quête d'un je-ne-sais-quoi que tous ne trouveront pas...

samedi 29 novembre 2014

Résistance.

Ce soir, il ne rentrera pas chez lui. Un peu par choix, mais principalement pas dépit. Ce n'était pas vraiment une surprise, c'était simplement la prochaine étape d'un long processus. Alcoolisé, il parlait d'amertume, d'une vieille vengeance de la vie, un retour de flamme, un retour en enfer.
Il n'avait pas de motif à donner, d'ailleurs, il n'en avait probablement aucun. Mais il voulait prendre l'air, faire sécher ses yeux mouillés et ses cicatrices, rien qu'un instant.
Un joint, une nuit, sous la lune s'évacuent les confidences aux relents de vodka. A l'intérieur, c'est la mort clinique. Il était prêt à tout pour exister un peu mieux, mais plutôt que de demander de l'aide, son silence était de marbre.

Les veines sont chaudes, le rouge coule, de pluie se mêle, se dilue et s'en va. Cette nuit restera dans sa mémoire comme un voyage onirique et cauchemardesque à la fois, l'écho de sa voix dans le silence de la nuit résonnera à jamais dans sa tête fatiguée de tenir...

dimanche 9 novembre 2014

Les Yeux Fermés



Je suis pas beau, je suis pas fier, pourquoi tu me regardes, t’as rien d’autre à faire ? Garde tes idées pour toi, je suis pas digne, je suis pas stable, je peux te décevoir ou juste péter les plombs. Evite de me toucher je suis comme une épine, je me cache et je blesse, c’est triste mais c’est comme ça, on dit que c’est la vie.

C’est la vie, hein ? Ben alors montre-là moi ! Elle est où la vie, quand nous tous on attend comme des cons ? Tu vas pas m’ouvrir les yeux parce qu’ils sont déjà grand ouverts, mais si je vois rien c’est parce qu’ils sont envahis de larmes. 

Je suis pas fort, je suis pas bon, arrête de me regarder comme ça, tu peux aller voir ailleurs si j’y suis, et puis toutes mes erreurs aussi. Ouais, parce qu’au cas où tu le saurais pas, j’en ai fait un tas alors gare à toi. Je suis pas resplendissant et je suis pas terne, on fait avec, c’est ce qu’on dit toujours quand au final on sait pas quoi répondre, quand on laisse les petits copains dans la merde.

Dans la merde ? Sûr qu’on y est jusqu’au cou, à jurer que tout va bien qu’on a la tête hors de l’eau, que tout est beau et que les sourires sont naturels. Mais putain quel bordel de faire semblant, de temps en temps, et finalement chaque jour qui passe avant la tombe. Je suis pas pessimiste, mais regarde autour de nous, comme c’est désert, comme c’est mort, les gens sont vides et fantomatiques ! C’est quoi cette ambiance qui craint ? 

La nuit, le jour, le dimanche et les midis, les cachetons au fond de la gorge pour mettre quelques étoiles dans ton sommeil artificiel et dénaturé. J’vois que le béton, le gris des jours, les pluies d’automne et les visages pâles, c’est tard le matin ou tôt l’après-midi, qu’est-ce qu’on fout encore ici ?